Gossip
Waters contre le reste du monde
Un génie, un caractère. Quarante ans de brouilles, de procès et de petites phrases entre Roger Waters et ses anciens partenaires.

- 6 juillet 1977
Le crachat de Montréal
Dernier soir de la tournée In the Flesh, au Stade olympique de Montréal. Excédé par un spectateur bruyant au premier rang, Roger Waters lui crache dessus. Il le racontera lui-même ensuite : ce geste l'a effrayé, et c'est de ce malaise qu'est née l'idée d'un mur entre le groupe et son public. The Wall venait de naître… d'un postillon.
- 1979
Richard Wright mis à la porte
Pendant l'enregistrement de The Wall, Waters reproche à Wright son manque d'implication et exige son départ, menaçant sinon de bloquer l'album. Wright cède. Il joue tout de même la tournée de 1980 – 1981… comme musicien salarié.
Ironie de l'histoire : les concerts de The Wall coûtent une fortune et perdent de l'argent. Payé au cachet, Wright aurait été le seul membre à y gagner quelque chose.
- 1982 – 1983
The Final Cut, l'album de trop
En studio, l'ambiance est glaciale. Gilmour n'a presque plus de chansons à proposer ; Waters en fait un album très personnel. Gilmour ne chante en lead que sur un titre, et son nom disparaît des crédits de production. Sur la pochette, l'album est présenté comme « un requiem pour le rêve d'après-guerre, par Roger Waters, interprété par Pink Floyd ».
- 1985 – 1987
Le divorce
En 1985, Waters annonce son départ et juge le groupe « à bout de souffle » sur le plan créatif. Pour lui, sans lui, Pink Floyd n'existe plus. Gilmour et Mason ne sont pas d'accord et préparent un nouvel album. Waters saisit la justice pour tenter de les empêcher d'utiliser le nom.
Fin 1987, un accord est trouvé : Gilmour et Mason gardent le nom Pink Floyd, Waters conserve notamment les droits sur le concept de The Wall. Entre-temps, les deux camps tournent en même temps aux États-Unis, et se disputent jusqu'au cochon gonflable, dont Waters revendique l'idée. La réponse du groupe : un cochon pourvu d'attributs masculins, pour bien le distinguer de l'original.
- Années 1990
La guerre des mots
Les piques passent désormais par la presse. Waters, en 1992 : « Je n'ai rien contre le fait que Dave poursuive ses propres objectifs. C'est juste l'idée de la carrière solo de Dave déguisée en Pink Floyd qui me choque ! » Gilmour, la même année : « Roger n'a pas le droit de me dire quoi faire de ma vie, même s'il croit que si. Et il ne ruinera pas ma carrière, même si ces derniers temps, il a essayé. »
- 2005 – 2011
La trêve
Le 2 juillet 2005, pour le Live 8, Bob Geldof obtient l'impossible : Waters, Gilmour, Wright et Mason rejouent ensemble, pour la première fois depuis 1981. Les quatre se sourient sur scène ; le monde y croit. Gilmour douche vite les espoirs : il n'y aura pas de reformation.
En mai 2011, à l'O2 de Londres, Gilmour et Mason rejoignent pourtant Waters sur scène pendant un concert de The Wall Live. Gilmour joue le solo de « Comfortably Numb » perché en haut du mur, comme en 1980.
- 2018 – 2024
La rupture définitive
Les hostilités reprennent : désaccords sur des notes de pochette pour la réédition d'Animals, reproches publics de Waters sur sa place dans la communication officielle du groupe. En 2023, il va plus loin : « J'ai écrit The Dark Side of the Moon. Arrêtons avec tous ces “nous” ! » (The Telegraph, février 2023).
Le même mois, la romancière Polly Samson, épouse et parolière de Gilmour, publie un message d'une rare violence accusant Waters, entre autres, d'antisémitisme et de complaisance envers Vladimir Poutine. Gilmour le relaie en approuvant : « chaque mot est démontrablement vrai ». Waters dénonce des propos « incendiaires et totalement inexacts ».
Les positions de Waters sur la guerre en Ukraine, son intervention au Conseil de sécurité de l'ONU en février 2023 à l'invitation de la Russie, et un costume porté sur scène à Berlin en mai 2023, qui a entraîné l'ouverture d'une enquête de police, alimentent la polémique. Waters affirme que ce costume est une dénonciation du fascisme et rejette toute accusation d'antisémitisme.
En 2024, les membres finissent par vendre à Sony les droits sur leurs enregistrements et sur le nom du groupe. Pour beaucoup d'observateurs, c'est aussi une façon de ne plus avoir à se mettre d'accord.